Située dans ce qu’on appelle le Périgord vert, région que ses forêts, ses rivières et ses vallonnements rendent si attachante, Saint-Saud se situe dans l’arrondissement de Nontron à une soixantaine de kilomètres de Périgueux, Limoges et Angoulême.  Elle est parcourue par de multiples cours d’eau, pittoresques et poissonneux, dont le plus important est la Dronne.

Une riche histoire médiévale

Son patrimoine conserve nombre de traces de son passé ancien (deux dolmens). Pourtant son histoire reste difficile à cerner au cours du premier millénaire. Une légende fait d’un de ses villages, Vieille Abbaye, le siège d’un monastère bénédictin qu’aurait fondé Charlemagne et que les Normands auraient mis à sac. C’est pourtant avec la fondation cistercienne de Peyrouse, en 1153 par Saint Bernard lui-même, que l’histoire devient plus lisible. On sait que les moines furent à l’origine de la fondation de nombreuses exploitations agricoles ou granges qui firent naître des villages autour desquels se fit lentement le défrichement de cette très grande paroisse (près de 60 km2). Au XIII° siècle elle comptait autour de 800 habitants.

Au cœur du conflit  franco-anglais

Aux limites des domaines du roi de France capétien et de celui d’Angleterre Plantagenêt,  l’imposante châtellenie de Saint-Saud qui couvrait aussi la paroisse de Romain avait son siège à la Coussière à un kilomètre de l’église. Elle fut donc âprement disputée dans l’orbite de la vicomté de Nontron qui fut conquise et perdue plusieurs fois par les pouvoirs rivaux. Ces affrontements qui s’amorcèrent après le divorce du roi de France et d’Aliénor d’Aquitaine, au milieu du XII° siècle, prirent un tour plus violent avec la guerre de Cent ans. Du milieu du XIV° au milieu du XV°, comme partout en France, affrontements militaires, actions des bandes en période de trêve, épidémies, disettes ou famines, laissèrent derrière eux une épouvantable désolation: il ne restait estime-t-on que 5 feux sur la paroisse au milieu du XV° siècle, soit une trentaine d’habitants.

Une agriculture de type limousin

La reconstruction se fit dans des conditions qui semblent proches de celles évoquées pour le Limousin par Jean Tricard. On notera surtout à ce moment le recours plus systématique à un nouveau mode d’exploitation, la métairie à une ou deux paires de bœufs. Dans cette terre cristalline on produit
surtout du seigle. En revanche les ressources forestières, à commencer par celles que fournit le châtaignier constituent un élément essentiel de  l’alimentation, les glands permettant de nourrir les porcs dont la vente sont une ressource de base de l’économie locale. La forêt fournit aussi le charbon de bois élément essentiel pour le fonctionnement de plusieurs forges (la Maque, Puydoyeux, La Coussière)qui trouvent leur matière première dans le minerai de fer local et leur énergie dans les cours d’eau l’hiver.

La société saint-saudaise au XVIII° siècle

La seigneurie de la Coussière est tenue par les d’Arlot de Frugie puis de Cumont. Ils ne résident pas à la Coussière: le château ne s’est jamais relevé de ses destructions du XV° et est en ruines. Plusieurs familles nobles se retrouvent sur la paroisse comme le montre le « recensement » de 1782. Bien que le nombre des moines se limite désormais à 3 ou 4, l’abbaye de Peyrouse, en commende depuis le XVI° siècle, joue un rôle plus économique que religieux. C’est en effet elle qui perçoit la dîme au 1/11° et ce prélèvement donne lieu à plusieurs procès aux XVII° et XVIII° siècles. Elle sert aussi de prêteur comme le montrent de nombreux contrats notariaux d’avant la Révolution.

La récente publication par le Cercle d’Histoire, et de Généalogie du Périgord permet de mesurer l’évolution démographique marquée par une faible progression, voire un recul dans les années 1780. Les curés consignent quelques cas de crise démographique qui montrent la manière dont épidémies ou disettes liées aux intempéries se soldent par de fortes saignées dans la population qui avoisine les 2000 habitants. On se reportera pour la connaissance de la vie du village au thème « Saint Saud et ses agriculteurs au XVIII° siècle » et au thème « le recensement de 1782 ».

L’époque contemporaine

On a conservé plusieurs témoignages classiques de la période révolutionnaire: le cahier de doléance, les élections de 1790 où la paroisse élit son curé maire. Les événements que connaît la commune sont consignés dans les délibérations du district de Nontron auquel appartient la commune depuis 1790 où est né le département de la Dordogne subdivisé en 9 districts et 52 cantons.

Du XIX° siècle, on peut suivre une évolution démographique en croissance. Chaque année les naissances s’élèvent entre 80 et 110 habitants. Pour une quinzaine d’années au total, les morts sont plus nombreux que les naissances: ils frappent surtout les petits enfants. Le tournant se situe à partir des années 1890 où la différence se creuse entre naissances et décès faisant apparaître les familles nombreuses. Les enfants vont peu à l’école dont les locaux sont mal adaptés. D’ailleurs les parents se refusent souvent à les envoyer sauf pendant la morte saison agricole. La langue d’oc reste évidemment la langue en usage. On retrouvera dans l’étude de la vie politique l’histoire des maires et des choix politiques d’une commune qui se range souvent dans le camp radical socialiste. L’élevage devient une activité prépondérante et les foires de Saint-Saud, le dernier jeudi du mois sont surtout recherchées pour les veaux.

La guerre de 1914-18 coûte cher à la commune : le monument aux morts porte la liste de quelques 80 tués. La démographie qui a porté dans les premières années du siècle la population à 2800 habitants s’engage dans un mouvement de décrue qu’alimente à la fois la baisse des naissances, le vieillissement de la population limitant les effets numériques. Surtout l’exode vers Paris s’accélère après 1945 où la commune passe au dessous des 2000 habitants. Autre évolution sensible: les activités non agricoles sont surtout au bourg où commerçants (on compte 7 épiceries et 8 débits de boisson) et artisans animent une vie de bourg assez notable.

La résistance : le temps des maquis Rac

La guerre est marquée par une forte activité de Résistance. Ce sont d’abord les initiatives de l’abbé Julien et des membres du réseau BCRA Jean marie (Laussucq, Mallemanche sont les deux mieux connus) puis à partir de 1943 le développement des maquis dans le cas de la brigade Rac où Saint-Saudais, mialetais et habitants de Champs-Romain forment la Brigade Rac dont le chef, Rodolphe Cézard s’installe bientôt à Saint-Saud. Les maquis locaux participent à la libération de Périgueux et d’Angoulême avant de rejoindre le front de Royan. Quatre d’entre eux y perdront la vie notamment au moment de la contre-offensive allemande au Beuilh (Saujon) près de Royan.

Aujourd’hui : une agriculture dynamique et une population européenne

Les années de l’après-guerre sont marquées par l’inexorable chute de la population malgré une notable immigration néerlandaise et belge puis anglaise. Cette population qui représente aujourd’hui une centaine de personnes apporte un regain de vie à nombre de villages.

La dizaine d’exploitations dynamiques tenues par de jeunes agriculteurs a retrouvé la tradition de l’élevage et produit une spécialité de haute valeur, la viande de veau de lait « sous la mère ». Chaque année, le premier dimanche d’octobre la fête du cèpe et du veau sous la mère attire par la qualité des dégustations qu’elle offre près de 2000 personnes.

Guy Mandon